Vampyres France

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    Le baiser du vampire

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    Ghost
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    Messages : 15
    Date d'inscription : 04/08/2018

    Le baiser du vampire

    Message par Ghost le Lun 17 Sep - 19:29



    J'ai trouvé ce texte très sympa donc je vous le partage :

    "Si l'aboutissement du rapport sexuel est l'orgasme, l'aboutissement du rapport érotique est sans conteste le baiser. Le baiser du vampire est néanmoins tout à fait ambigu : il est à la fois acte de tendresse, signe d'un amour consenti, connexion intime entre deux êtres, et morsure. Le vampire se définit non pas comme celui qui tue, il est celui qui mord. C'est un symbole très beau et très fort. Le verbe "mordre" s'il n'est pas le plus violent de notre langue, est sans doute le plus suggestif, parce que le point de violence ne se situe pas dans une zone annexe de notre corps (la jambe, le poing, l'arme que l'on tient et qui est extérieure à nous, que l'on peut jeter) mais dans une zone très sensible, la bouche, qui est ouverture vers le dedans, qui est organe de la parole, de la civilisation. La bouche fait partie du visage et par là même la bouche a visage humain. Tuer par la morsure cela a quelque chose d’extrêmement snobinard et de terrifiant à la fois, parce que la bouche revêt aussi une autre fonction, plus triviale, elle est organe de l'ingestion. Je t'aime et je te mange, je t'aime parce que je te mange. Curieux mélange de civilisation et d'animalité : l'amour est quelque part entre les deux. Celui qui mord ne se contente pas d'infliger une blessure, il vide la proie de son sang, en extrait tout ce qui peut se rapprocher de près ou de loin au vivant, il l'assimile de l'intérieur à la manière d'une mante religieuse, il en fait son repas. Boire du sang ce n'est pas seulement priver sa proie d'un ingrédient essentiel à sa survie, c'est s'accaparer son fluide vital, sa force, son énergie, son âme, enfin ; je vois cela comme la forme maximale de l'abandon et de la dépossession d'un être. Nous connaissons d'ailleurs plus ou moins ces mythes curieux qui gravitent autour du sang : boire du sang humain rend immortel, confère des capacités surhumaines.

    Sur cette hésitation entre le baiser et la morsure, entre l'érotisme et la sustentation, il est intéressant de jeter un œil aux mots qui reviennent le plus souvent dans ce genre de fictions : la demoiselle est une "proie", le vampire a "faim", mais il n'a faim que des plus belles, que des plus chastes, la demoiselle n'est donc pas seulement un "repas", elle aussi un partenaire amoureux. Le jeu de mot prend alors tout son intérêt : j'ai faim de toi, j'ai faim de ton corps, au sens propre comme au figuré. Je reviens très rapidement sur l'idée d'orgasme parce que c'est un motif très éclairant. Mordre, n'est-ce pas en soi une forme d'orgasme ? La morsure figure la pénétration, ici par le croc, dans une zone sensible et dénudée, tantôt exposée tantôt masquée par la chevelure, espace érotique par excellence. C'est une aspiration à l'union des êtres, invitation à n'être plus qu'un, la vieille image de la bête à deux dos : je te prends, tu es en moi, tu es à moi. Plaisir extatique enfin qui est aussi bien celui de la victime se vidant de son sang que du vampire satisfaisant enfin une pulsion qu'il avait refoulée à l'occasion du jeu amoureux. Plaisir qui transcende tout, devant lequel tout doit plier, et le bien et le mal, plaisir après lequel il n'y a plus rien, sinon la perspective du prochain orgasme.

    Le vampire est un jouisseur absolu et sans condition, très proche du libertin chez Sade - nous ne serons d'ailleurs pas étonné de trouver des scènes de vampirismes chez ce dernier. Le vampire, de manière assez paradoxale, figure aussi bien la difficulté d'aimer, que l'impossibilité de jouir, dans un monde où les plaisirs ne sont que pulsions, pulsions devant lesquelles on peut céder, mais que l'on ne peut satisfaire. Le vampire espère toujours mordre pour la dernière fois, c'est pourquoi sa victime doit être la plus belle, la plus noble, la plus divine créature de cette terre. Mais la vie du vampire ressemble finalement à celle du libertin ou du philosophe sadien, qui se berce de grands mots, de grandes passions, mais dont la vie n'est qu'un éternel recommencement."

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